Show Menu

Entretien : « Voyages en têtes étrangères »

Entretien avec Antonio AMARAL,

Pourquoi ne pas avoir fait appel au CNC ou bien à d’autres sources de financement tels que les fonds régionaux pour le cinéma, les fonds européens… ? Toutes ces démarches de recherche de financements ne s’improvisent pas, elles requièrent l’accompagnement de la part d’un producteur, d’une société de production, dont c’est le métier. Il faudrait donc d’abord trouver un producteur, sérieux, fiable déterminé, convaincu par la nécessité de faire le film. Le producteur lui même entreprendrait alors le développement du film et le démarchage pour obtenir des fonds. Cela peut signifier des années avant de démarrer un tournage, si par chance il démarre. Voyages en têtes étrangères, correspond à une urgence, car il correspond à une actualité… d’une certaine façon, « c’était tout de suite ou jamais ».

D’autre part, comment convaincre aujourd’hui des « décideurs » de faire un film « différent », qui sort totalement des cases et des grilles de lecture habituelles. La singularité se fait rare au cinéma.

réunion de travail à Montreuil : avec des membres des CSP Montreuil , CSP75, CSP20ème

N’est-ce pas frustrant de recourir encore à l’autoproduction ? Disons que cela demande plus d’énergie et de force conviction. Au moment de faire D’étoile en étoile, je n’avais pas de producteur. Et pour cause, il s’agit d’un film inclassable. Si j’avais attendu après les « aides », le film n’aurait jamais vu le jour, il serait resté dans un tiroir, parce qu’on m’aurait expliqué que le film est trop ceci, ou pas assez cela… qu’il faut revoir le scénario, etc…

On a eu raison de le faire ; le film vit sa vie, il rencontre un public : D’étoile en étoile cumule pour l’instant 12 sélections en festivals à travers le monde et 7 prix, 2 mentions. Grâce aux festivals, j’ai rencontré un distributeur, Manuel Sanchez de QUIZAS films [Distributeur, Producteur, Réalisateur et créateur du festival Les RIMBAUD du CINÉMA !] ; actuellement la perspective d’une sortie en salles se dessine finalement…

Pour Voyages en têtes étrangères, on a compensé le manque de moyens financiers par la solidarité, le militantisme, l’investigation, le terrain… Aborder la  fabrication du film par ce biais a permis également d’aller là où « le fric » n’aurait pas pu nous emmener.

 

Puisque Voyages… est une suite, qu’est-ce qui marque la continuité entre les deux projets ? Les deux films vont, je pense, dans la même direction, celle de l’exploration… mais cela mis à part, ils n’ont rien en commun. D’étoile en étoile, c’est une comédie [expérimentale] sur la solitude, l’invisibilité, l’errance, l’ascétisme… une quête spirituelle. C’est un film d’avant confinement. Voyages en têtes étrangères est un film post-confinement, un film sur la transformation, sur la lutte vitale. En toile de fond, j’ai envie de rendre hommage « aux militant.e.s des causes perdues », à tous ces combattant.e.s du quotidien…

Dix films à conseiller ? Je n’ai pas de films préférés ; je citerai donc, comme ça me vient, des films qui me trottent dans la tête en ce moment :

Songs My Brothers Taught Me (Chloé Zao), La femme des sables (Hiroshi Teshigahara), A man vanishes (Shohei Imamura), L’île nue (Kaneto Shindo), Fat city (John Huston), La mort de Danté Lazarescu (Cristi Puiu), La pendaison (Nagisa Ōshima), The chant of Jimmie Black Smith (Fred Schepisi), Y aura-t-il de la neige à Noël (Sandrine Veysset).

La question du film ? La question du film ? La question de la « lutte » ; elle fut da’illleurs très bien posée par Mody Diawara (comédien sur le film et militant) lors d’une réunion de travail : « est-ce que l’humanité va quitter la terre ? »